Un enseignant devant chaque élève….
Selon des retours de 15% des établissements du 2d degré de l’académie, collèges, LEGT et LPO, il manque des enseignants dans plus d’un tiers d’entre eux. Même s’il s’agit parfois d’un bloc de moyen provisoire de quelques heures, ce sont des classes sans prof. Les établissements manquent aussi d’AED, d’AESH et de PSY-EN.
La situation est en effet particulièrement inquiétante dans les CIO où les postes restés vacants de PSY-EN et d’administratifs, jusque-là cantonnés au Haut-Rhin et notamment à Mulhouse et Altkirch, deviennent la norme. Cela n’est pas sans conséquence sur le service aux usagers. En effet, certains établissements ne sont désormais plus couverts et la possibilité de rendez-vous en CIO se restreint. Et pourtant, les besoins augmentent. Rappelons que les PSY-EN sont notamment en charge de l’orientation, des bilans psychologiques, qu’ils et elles s’occupent d’élèves souvent fragiles et qu’à l’heure où la santé mentale est une priorité nationale, leur expertise est essentielle. Le manque de personnels se traduit aussi par une augmentation de la charge de travail de celles et ceux qui sont en poste.
La baisse démographique – qui ne concerne que le collège pour l’instant- aurait pu permettre de lever la pression sur les effectifs des classes. Mais elle a été le prétexte à des suppressions de poste (12 dans l’académie pour le 2d degré). Les classes restent donc chargées, comme au collège Herrade de Landsberg à Rosheim, où parents et personnels ont organisé une grève massive et un collège mort le 04/09 (voir article ici).
« Une académie ambitieuse »
Dans sa conférence de rentrée, le Recteur a mis en avant le dispositif « collèges en progrès » qui concernent 21 établissements de notre académie. L’enquête du SNES-FSU académique au mois de juin montre que ce dispositif, qui se déploie à moyens constants (pas d’heures en plus ; pas d’élèves en moins non plus), rencontre beaucoup de scepticisme de la part des collègues, quand ils n’ont pas l’impression d’être culpabilisés.
Sur les sciences, la communication autour du nouveau collège du Neuhof, vitrine de l’académie et de la CeA, masque mal la situation dans les autres établissements publics. La discipline technologie a été très affaiblie par sa suppression en classe de 6e et des suppressions massives de postes. L’ouverture de classes à horaires aménagés en mathématiques et sciences (CHAMS) en cette rentrée se fait sans que les établissements ne reçoivent toujours de dotation complémentaire, comme au collège Lezay Marnésia. Et au lycée, la publication de la DEPP de janvier 2026 confirme que dans notre académie également, la réforme a accentué les inégalités de genre dans les parcours scientifiques avec près de 20 points d’écart entre filles et garçons pour le choix de la spécialité mathématiques en 1re et un déséquilibre encore plus important en sciences de l’ingénieur et en numérique et sciences informatiques.
Sur l’action culturelle et artistique, le Rectorat communique sur des actions renforcées dans les Territoires Educatifs Ruraux. Avec un budget annoncé de 30 000€ à partager entre 1 lycée, 3 collèges et 44 écoles si on prend l’exemple du TER d’Alsace Bossue, comment imaginer autre chose que des actions ponctuelles, pas toujours à l’initiative des équipes enseignantes d’ailleurs ? Rien qui n’ait l’ampleur d’une politique culturelle cohérente, permettant de réduire les inégalités ou de compenser la baisse du Pass Culture.
Sur le plurilinguisme enfin, quelques chiffres qui montrent le décalage entre l’affichage et la réalité du terrain. Seuls 9 collèges du Haut-Rhin (sur 57) et 11 du Bas-Rhin (sur 90) offrent des langues autres que anglais, allemand et espagnol. 5,8% des élèves de lycée apprennent une LVC… contre 13,4% avant la réforme du lycée (2019). Les dotations académiques pour la politique des langues (bilinguisme au collège, diversité des langues au lycée) sont en baisse de plus de 2,5% par rapport à la rentrée 2025.
Numérique : une rentrée sans couacs et sans portable ?
La communication ministérielle sur l’interdiction du portable en lycée se heurte à la réalité du terrain. La modification des règlements intérieurs des établissements nécessite des concertations avec les personnels et les élèves qui ne doivent pas être bâclées.
Parallèlement, le ministère continue sa politique en faveur du « numérique éducatif ». Ainsi la Région Grand Est communique en cette rentrée sur les ordinateurs qu’elle a « offerts » à tous les lycéens, oubliant de dire qu’elle en profité pour imposer le manuel numérique à tous les établissements, sans bilan de l’expérimentation. On note aussi que la dématérialisation touche aussi de plus en plus les échanges avec les familles, les élèves (consultation des notes, devoirs, voire carnet de correspondance). Avec le risque que les données soient piratées comme cet été.
L’opacité est la même sur l’expérimentation « collège IA » lancée dans 5 collèges de l’académie à la rentrée 2025. Dans le même temps, les crédits manquent pour acheter les manuels que nécessite pourtant la mise en œuvre de nouveaux programmes.
Personnels : une rentrée sous tension
Il est un fait que plus personne ne conteste. Nos métiers souffrent d’un manque d’attractivité. Si les rémunérations n’y sont pas étrangère, la dégradation des conditions de travail en sont aussi une cause, tout comme les difficultés administratives et la façon dont sont gérés les personnels. A ce titre, en modifiant les règles de l’accès au temps partiel thérapeutique pendant les congés d’été, le ministère a fait le choix de s’attaquer à une des conséquences du malaise dans nos professions plutôt qu’à ses causes.
Concernant les TZR, la réforme des concours a rendu encore plus complexe et tardive leur affectation avec des changements d’affectation, des chaînages de dernière minute. On constate globalement un manque de transparence dans les critères d’affectation avec un poids démesuré de l’avis du chef d’établissement.
Pour les AED, AESH et personnels non titulaires du premier et second degré, la rentrée reste synonyme d’incertitude et de précarité. Du fait de la réforme des concours et des suppressions de postes sous couvert de baisse démographique, des non-titulaires n’ont pas été renouvelés et se retrouvent sans emploi, parfois toujours en attente de leur attestation de fin de contrat, indispensable pour faire valoir leurs droits auprès de France Travail. La prime de précarité tarde également à être versée. D’autres attendent encore une réponse à leur demande de rupture conventionnelle.
Les difficultés administratives s’accumulent aussi autour des situations de maladie, de congé grave maladie, de temps partiel thérapeutique ou d’accident du travail. Les erreurs ou retards de traitement peuvent entraîner des trop-perçus et placer les collègues dans des situations financières difficiles. Entre CPAM, Rectorat et DSDEN, les interlocuteurs se renvoient parfois la responsabilité, laissant les agentes sans réponse claire. Pour beaucoup, cette succession d’incertitudes, de démarches et de difficultés professionnelles pèse lourdement. Les sollicitations témoignent d’un mal-être grandissant.
